Une voiture de fonction, ce n'est jamais vraiment gratuit pour celui qui la conduit. Dès qu'un salarié garde son véhicule le week-end et pendant ses congés, le fisc et l'URSSAF considèrent qu'il touche un avantage. Cet avantage en nature (AEN) s'ajoute au salaire imposable, entre dans l'assiette des cotisations, et apparaît noir sur blanc sur la fiche de paie.
Jusqu'en 2025, ce poste passait un peu inaperçu. Plus maintenant. Depuis le 1er février 2025, un arrêté a relevé les barèmes forfaitaires d'environ deux tiers d'un coup, pour la première fois depuis 2002. Conséquence directe : deux régimes de calcul coexistent désormais, et chaque véhicule que vous renouvelez bascule mécaniquement vers le plus cher.
Autrement dit, l'avantage en nature voiture de fonction est passé du statut de ligne de paie à celui de vrai paramètre d'arbitrage. Voici comment il se calcule en 2026, et surtout sur quoi vous avez la main.
Fonction ou service : le premier arbitrage
Tout commence là. Et la distinction n'a rien d'un détail de vocabulaire.
Un véhicule de service est réservé aux trajets professionnels. Le conducteur le rend le soir, le week-end, pendant ses congés. Pas d'usage privé, donc pas d'avantage en nature.
Un véhicule de fonction reste à disposition en permanence, y compris pour la vie perso. C'est cet usage privé qui crée l'avantage. Et pour exclure tout AEN sur un véhicule, vous devez pouvoir le prouver par écrit (règlement intérieur, courrier, charte) : usage privé interdit, ou restitution effective à chaque repos.
💡 Bon à savoir. Cette qualification décide à elle seule s'il y a un AEN ou non. C'est la toute première case à cocher dans une car policy, avant même de parler de barèmes.
Forfait ou frais réels : les deux méthodes
Vous avez le choix entre deux méthodes de calcul, et vous pouvez même en changer en fin d'année.
Avantage en nature au forfait :
La méthode forfaitaire applique un pourcentage, soit au prix d'achat TTC du véhicule, soit à son coût global de location. Simple à piloter, c'est de loin la plus utilisée.
Avantage en nature calculé au réel :
La méthode au réel repart des coûts effectifs (loyer ou amortissement, assurance, entretien, carburant), proratisés selon la part de kilomètres privés sur le total. Plus précise, mais elle suppose de suivre le kilométrage personnel de chaque conducteur, conducteur par conducteur.
La télématique : ce qui rend le réel vraiment possible
Sans outil, ce suivi repose sur des relevés déclaratifs, fastidieux à collecter et faciles à contester en cas de contrôle URSSAF.
La télématique embarquée change la donne. Un boîtier connecté remonte automatiquement le kilométrage réel de chaque véhicule, sans avoir à solliciter les conducteurs, et permet de distinguer les trajets professionnels des trajets personnels, soit précisément le ratio sur lequel repose le calcul au réel.
Vous obtenez une donnée fiable, horodatée et traçable, qui sécurise votre assiette et rend la méthode au réel enfin gérable à l'échelle d'une flotte. Attention toutefois : dès qu'on active la géolocalisation, le conducteur doit en être informé et pouvoir la désactiver en dehors du temps de travail.
💡 Bon à savoir. Chez Flease, tous nos véhicules sont équipés de boitiers télématiques, le suivi kilométrique est intégré à l'outil de gestion de flotte. Vous gardez un œil sur les kilomètres réels et vous fiabilisez vos calculs !
Les barèmes AEN applicables en 2026
On arrive au cœur du sujet. Depuis le 1er février 2025, la réforme des AEN fait cohabiter deux régimes. Ce qui détermine lequel s'applique, ce n'est pas la date d'achat du véhicule, mais la date à laquelle il a été mis à disposition du salarié.
Véhicule mis à disposition avant le 1er février 2025
Les anciennes règles tiennent, tant que le véhicule reste attribué au même conducteur :
- Acheté : 9 % du prix d'achat TTC (6 % au-delà de 5 ans), hors carburant.
- En location : 30 % du coût global annuel (40 % si l'entreprise prend en charge le carburant).
Véhicule mis à disposition depuis le 1er février 2025
Les nouveaux taux, nettement plus élevés :
- Acheté : 15 % du coût d'achat TTC (10 % au-delà de 5 ans) sans carburant ; 20 % (ou 15 % au-delà de 5 ans) si l'entreprise paie le carburant.
- En location : 50 % du coût global annuel sans carburant ; 67 % si l'entreprise prend en charge le carburant.
L'écart, en clair
Prenez un véhicule acheté 30 000 € TTC, moins de 5 ans, sans carburant pris en charge.

150 € de plus par mois sur la paie, sans compter les cotisations qui se greffent dessus. A l’échelle d’une flotte de plusieurs dizaines de véhicules, l'addition n'a plus rien d'anecdotique.
💡 À retenir. Le piège est là : un véhicule réattribué à un nouveau conducteur après le 1er février 2025 bascule dans le nouveau barème, même s'il roule depuis des années. Chaque rotation de flotte vous rapproche du barème haut. Mieux vaut l'anticiper dans votre plan de renouvellement que de le découvrir poste par poste.
Le cas du véhicule électrique
Pour ne pas casser la dynamique d'électrification, un régime de faveur est prolongé jusqu'au 31 décembre 2027.
Pour un véhicule 100 % électrique mis à disposition entre le 1er février 2025 et le 31 décembre 2027, et qui respecte le score environnemental minimal (le modèle doit figurer sur la liste officielle des véhicules « éco-scorés ») :
- Les frais d'électricité payés par l'entreprise pour la recharge ne comptent pas dans le calcul.
- Un abattement de 70 % s'applique sur l'AEN forfaitaire, plafonné à 4 641,60 € par an (valeur au 1er janvier 2026). En méthode réelle, l'abattement est de 50 %, plafonné à 2 026,30 € par an.
Un exemple parle mieux qu'un barème. Véhicule électrique éligible acheté 40 000 € : le forfait brut serait de 15 % × 40 000 = 6 000 €/an. Après abattement de 70 % (soit 4 200 €, sous le plafond), l'AEN tombe à 1 800 €/an. Face à un thermique équivalent, l'écart est énorme. Voilà un argument social qui s'ajoute aux arguments fiscaux et de TCO quand vous arbitrez votre prochaine commande.
Une réserve, quand même : un électrique qui ne respecte pas l'éco-score est traité comme un thermique, sans abattement. Et la vérification se fait au jour de la mise à disposition.
Et en LLD, comment ça se calcule ?
C'est le point le plus souvent mal compris. Pour un véhicule financé en location longue durée (LLD) ou moyenne durée (LMD), l'AEN forfaitaire ne se calcule pas sur le prix d'achat. Il se calcule sur le coût global annuel de la location : loyer financier, entretien et assurance compris.
Depuis le 1er février 2025, le taux est de 50 % de ce coût global, ou 67 % si l'entreprise prend en charge le carburant. L'évaluation reste plafonnée par référence au prix du véhicule, dans la limite de 30 % du prix conseillé par le constructeur au jour du contrat.
Deux conséquences très concrètes pour vous :
- Ce qu'il y a dans le loyer compte. Puisque l'assiette, c'est le coût global, la transparence sur ce qui est inclus (et ce qui ne l'est pas) pèse directement sur l'AEN déclaré. Un loyer clair, c'est un avantage calculé sans approximation, et sans mauvaise surprise en cas de contrôle.
- Le carburant fait basculer le taux de 50 % à 67 %. Le choix entre carburant à la charge de l'entreprise ou du salarié n'est donc pas qu'une question de confort : il déplace l'assiette sociale.
C'est tout l'intérêt d'un contrat lisible : vous savez exactement sur quelle base l'avantage est calculé, et vous l'anticipez dès la commande au lieu de le subir en paie.
Trois réflexes pour ne pas le subir
1. Comptez-le dans le TCO
Le coût social de l'AEN fait partie du coût complet d'un véhicule de fonction. Un loyer attractif qui génère un AEN élevé peut, tout compris, coûter plus cher qu'une alternative mieux positionnée.
2. Surveillez le basculement de régime
Chaque renouvellement ou réattribution après le 1er février 2025 fait passer le véhicule au barème haut. À intégrer dans votre plan de renouvellement, pas à découvrir au fil de l'eau.
3. Regardez l'électrique aussi sous l'angle social
L'abattement de 70 % allège fortement l'AEN d'un électrique éligible. À usage comparable, c'est un vrai levier d'attractivité pour vos conducteurs et d'optimisation pour l'entreprise, au moins jusqu'à fin 2027.
En résumé
Depuis 2025, l'avantage en nature voiture de fonction se joue au moment du choix du véhicule et du mode de financement, pas une fois la facture sociale tombée. Le barème, la motorisation, le carburant, la structure du loyer : tout se répercute sur ce qui s'affiche sur la paie. Le bon réflexe est donc de chiffrer l'impact en amont, véhicule par véhicule, plutôt que de le découvrir en paie.
👉 Vous préparez un renouvellement de flotte ? Parlons-en : on regarde ensemble ce qui est le plus avantageux pour votre entreprise et vos salariés.
.png)


.png)

